Publié le 16 novembre 2017 Mis à jour le 17 novembre 2017
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le 16 novembre 2017

Un texte de la Minute Recherche par Pascale Goupil (PIAF). Une équipe du laboratoire de Physique et Physiologie Intégratives de l’Arbre en environnement Fluctuant (PIAF) a montré l’important potentiel des mélanges de polyphénols à activer l’autodéfense de la plante saine.

Une équipe du laboratoire de Physique et Physiologie Intégratives de l’Arbre en environnement Fluctuant (PIAF) a montré l’important potentiel des mélanges de polyphénols à activer l’autodéfense de la plante saine. Ces composés à haute valeur environnementale connus pour leurs actions anti-oxydante et antimicrobienne sont produits naturellement dans les feuilles des arbres. Le concept technologique ayant fait l’objet du dépôt de brevet consiste à les extraire des feuilles mortes et les utiliser en tant que phytosanitaire.

L’usage des pesticides est largement répandu dans notre société, non seulement pour l’agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces aménagés par l’homme à titre public ou privé. La protection de l’environnement vise à réduire la dépendance radicale de l’agriculture aux composés de synthèse. Parmi les pistes, le biocontrôle comprend des méthodes naturelles de protection adaptées non seulement à la législation mais aussi à la protection de l’homme et son environnement.

Comme les animaux, les plantes sont capables de développer une réponse immunitaire suite à l’attaque des bio-agresseurs. Pouvoir stimuler le système défensif de la plante en amont du contact parasitaire constitue un moyen alternatif de protéger les cultures contre les maladies.

Les mélanges de polyphénols se révèlent être des stimulateurs de l’auto-défense de la plante (éliciteurs) afin de la rendre plus résistante aux maladies. Leur infiltration à l’aide d’une seringue dans les feuilles saines de la plante modèle tabac provoque une réaction spécifique appelée ‘réponse hypersensible’ témoignant de réaction immunitaire locale typiquement végétale. Les cellules directement au contact des polyphénols déclenchent une mort cellulaire aisément observable à l’oeil nu (Photo A). Ce phénomène physiologique est la première réponse de défense de la plante aux éliciteurs. Elle permet de confiner l’agent étranger et d’empêcher sa propagation au reste de la plante. Observée sous UV, la réponse de type hypersensible s’entoure de l’accumulation de composés autofluorescents antimicrobiens (Photo B) et de protéines antibiotiques (protéines de la pathogenèse).

Stimuler l’immunité de la plante avec les polyphénols devient particulièrement innovant lorsque l’on peut les extraire de déchets de la biomasse. Nous l’avions précédemment montré avec les polyphénols issus de marc de raisin, un sous-produit de la viticulture. Les extraits bruts issus d’une large variété de feuilles de plantes ligneuses, érable rouge, platane, hêtre, prunus, chêne, châtaignier… en contiennent en quantités! C’est donc un important gisement naturel à large répartition géographique, renouvelable, aisément accessible qui pourrait fournir la matière première du produit phytosanitaire.

Les extraits polyphénoliques de feuilles sont obtenus par simple extraction aqueuse et ne nécessitent aucune préparation préalable telle que décoction, macération, infusion, fermentation ou compostage.

Ces déchets organiques peu exploités, abondants et à faible coût de production supposé, pourraient conférer aux polyphénols un nouveau rôle stratégique dans le biocontrôle pour l’agriculture de demain.