Publié le 15 juin 2026 Mis à jour le 16 juin 2026

Comment obtenir des réponses fiables sur des sujets sensibles comme la migration irrégulière ou la fraude fiscale ? Une équipe internationale de chercheurs, incluant Jules Gazeaud, chargé de recherche CNRS au CERDI, propose une solution innovante : le bulletin secret.


Cette méthode, testée en Égypte, permet de réduire les biais de désirabilité sociale tout en garantissant des données précises. Les résultats de cette étude paraîtront prochainement dans la revue American Economic Review: Insights.

Des enquêtes biaisées par la sensibilité des questions

Les enquêtes sur des thèmes comme la consommation de drogues, la violence conjugale ou la migration irrégulière se heurtent souvent à un obstacle majeur : le biais de désirabilité sociale. Les répondants, par crainte du jugement ou des conséquences, tendent à minimiser ou dissimuler leurs comportements, faussant ainsi les données. Ce phénomène complique l’évaluation des politiques publiques et la prise de décision éclairée.

Pour y remédier, les chercheurs ont développé des méthodes indirectes, comme l’expérience de liste, qui consiste à noyer la réponse sensible dans un ensemble d’affirmations. Cependant, cette approche, bien qu’efficace contre les biais, produit des estimations imprécises en raison de l’agglomération des données.

Le bulletin secret : une alternative anonyme et précise

Une équipe internationale, incluant Jules Gazeaud, chercheur CNRS au CERDI (Centre d’Études et de Recherches sur le Développement International, CNRS/UCA/IRD), propose une méthode innovante : le bulletin secret. Concrètement, les répondants remplissent une feuille anonyme, qui est collectée et versée dans un sac transparent contenant d’autres réponses tout aussi anonymes. Cette approche rend l’anonymat visible et tangible, éliminant la méfiance envers les promesses de confidentialité.

Contrairement à l’expérience de liste, le bulletin secret ne dissimule pas l’information individuelle : il la rend simplement non traçable, ce qui permet une précision statistique comparable à une question directe.

Un test concluant en Égypte

Cette méthode a été testée auprès de 8 325 jeunes adultes égyptiens dans le cadre d’une évaluation de dispositifs d’aide à l’emploi, financés par une initiative européenne de 5 milliards d’euros visant à réduire la migration irrégulière. Les résultats sont probants :

  • La question directe sous-estime les préparatifs de migration irrégulière (8,7 %).
  • L’expérience de liste donne une estimation plus élevée (15,3 %), mais avec des marges d’erreur importantes.
  • Le bulletin secret confirme une prévalence similaire (15,3 %), mais avec une précision bien supérieure, révélant par exemple que les dispositifs d’aide à l’emploi réduisent ces préparatifs de 5 points de pourcentage.

Perspectives et adaptations numériques

Si le bulletin secret se révèle particulièrement efficace en face-à-face, son adaptation en ligne reste un défi. Une version numérique, basée sur deux questionnaires distincts (dont un entièrement anonymisé), a été testée, mais les résultats sont plus mitigés. La crédibilité de l’anonymat dans un environnement digital nécessite encore des améliorations.

Pour aller plus loin

Cette étude, qui paraîtra dans American Economic Review: Insights, souligne l’importance des innovations méthodologiques pour des données plus fiables.

Retrouvez l’article complet sur le site du CNRS