Sexisme en France : le Rapport annuel 2026 du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) met en lumière « la menace masculiniste »
Le Rapport annuel 2026 du HCE sur l’état des lieux du sexisme en France, récemment diffusé par le ministère chargé de l’égalité, révèle que les comportements sexistes restent profondément ancrés dans toutes les sphères de la société. Ce rapport, produit par la commission « Stéréotypes et Rôles Sociaux » co-présidée par Pascal Huguet, directeur du Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (LAPSCO, CNRS / Université Clermont Auvergne), illustre le rôle crucial de la recherche scientifique dans l’éclairage des politiques publiques.
Un sexisme multiforme et durable
La contribution du LAPSCO au rapport du HCE a permis d’identifier deux formes de sexisme :
- le sexisme hostile, ouvertement négatif et discriminatoire, terreau du masculinisme ;
- le sexisme paternaliste, plus insidieux, en apparence protecteur pour les femmes mais contribuant également au maintien des inégalités de genre.
La contribution du LAPSCO permet aussi d’estimer qu’en France, 17% de la population, soit près de 10 millions de personnes agées de plus de 15 ans, adhèrent au sexisme hostile et 23 % (près de 12,5 millions) au sexisme paternaliste. Les personnes qui adhérent à l’une ou l’autre de ces deux formes de sexisme se réclament pour la plupart d’extrême droite, de droite, voire « ni de droite ni de gauche » et déclarent une orientation religieuse. Ces attitudes sexistes, hostiles ou paternalistes, orientent les perceptions de l’égalité, la tolérance aux stéréotypes et la reconnaissance des violences sexuelles.
Numérique et masculinisme : une alerte majeure
Le rapport souligne le lien entre sexisme hostile et discours masculinistes, notamment sur les réseaux sociaux, où certains estiment que les hommes seraient aujourd’hui désavantagés. TikTok et Twitter/X apparaissent comme des espaces où ces attitudes sont plus fréquentes, accentuant les écarts entre femmes et hommes et favorisant la diffusion et la normalisation du cybersexisme.
L’âge, facteur de banalisation des inégalités de genre
Plus l’âge augmente, moins le sexisme est perçu comme un problème social. Chez les 65 ans et plus, près de la moitié de la population estime que l’égalité est déjà atteinte, reflétant une perception des inégalités assez éloignée des réalités actuelles.
Un appel à une mobilisation collective
Face à ces constats, le HCE appelle à une réponse publique globale, coordonnée et durable, articulant :- la diffusion d’une culture de l’égalité,
- la régulation des espaces numériques,
- l’intégration de ces enjeux dans les politiques de prévention, d’éducation et de sécurité publique.
Appui scientifique et méthodologique du LAPSCO
Le LAPSCO (CNRS / Université Clermont Auvergne) a activement participé aux travaux du HCE via la co-présidence de la commission « Stéréotypes et Rôles Sociaux » de Pascal Huguet (co-Présidente : Muriel Réus) sur trois points :
- La rénovation du « baromètre du sexisme » publié par le HCE depuis 2020; une rénovation jugée indispensable par le LAPSCO pour mesurer les attitudes sexistes à la fois plus scientifiquement et plus directement. En effet, si le sexisme apparaît souvent dans l’espace et le débat publics comme un fait de société, il est également et depuis plusieurs décennies un objet de science, en particulier dans les champs de la psychologie et de la sociologie. Le LAPSCO a ainsi optimisé le baromètre du sexisme pour y introduire des mesures scientifiquement validées au niveau international et requises pour analyser la structure des attitudes sexistes et estimer ses impacts sur les opinions et comportements dans les sphères privées, publiques et professionnelles. Cette révision a abouti au recueil d’environ, 700 000 données exploitables par les politiques publiques.
- L’analyse statistique des 700 000 données du baromètre révisé ; données recueillies en ligne auprès de 3 061 personnes représentatives de la population française avec le concours du sondeur Toluna Harris Interactive.
Membres du LAPSCO impliqués au côté de Pascal Huguet sur le rapport HCE 2026 :
- Nele Claes (MCF)
- Julia Daugherty (MCF)
- Marie Demolliens (IGR)
- Yasmine Nahed (Doctorante)